Dimanche 6 avril 2008


22H samedi soir, nous voici tranquillement installés au Bistrot Parisien, restaurant français situé en plein coeur de la rue des bars à Sanlitun. Ce quartier est très fréquenté par les jeunes expatriés, notamment le week-end.
Soudain, la clientèle du restaurant quitte sa chaise et jette un regard curieux à travers les grandes baies vitrées de l'enseigne: une cinquantaine de policiers chinois en habit de SWAT est en train de mener un coup de filet "anti-drogue" dans le bar juste en face. En réalité, l'intervention n'est pas véritablement ciblée. Les forces de l'ordre procèdent d'abord à des contrôles d'identités auprès de la clientèle de toutes origines du bar (notamment des français et des africains). Un caméraman filmait toute les personnes présentes dans la rue. L'intervention est musclée, en témoigne ces deux témoignages:
"Ils sont arrivés, c'était comme la guerre, tout le monde était terrorisé, je les ai vus tabasser un black brésilien, ils ont embarqué tous ceux qui leur tombaient sous la main. J'ai réussi à me cacher mais mon mari a disparu, je n'ai aucune nouvelle depuis. De toutes façons, nous les Blacks, on n'a aucun droit ici " raconte, encore angoissée,  une Africaine, quasiment au terme de sa grossesse.
Une jeune française a également été arrêtée. Pour elle, l'arrestation vire tout de suite au cauchemar: "deux femmes m'ont amenée dans une salle à part , elles ont voulu que je me déshabille. J'ai refusé mais elles m'ont dit le faire sinon j'allais avoir des problèmes, je me suis donc déshabillée complètement, elles m'ont palpée partout, même les cheveux, elles n'ont rien trouvé, après je me suis rhabillée et on m'a ramené dans une salle où il y avait d'autres personnes arrêtées qui étaient menottées. Les noirs étaient à part. On m'a mis un sac en plastique sur la tête, j'avais du mal à respirer, j'ai essayé d'ouvrir un peu le sac et là j'ai reçu des coups".

Résultat de l'opération, une vingtaine de personnes ont été arrêté, dont 8 étrangers. La police chinoise affirme avoir saisi une grosse quantité de drogue (marijuana et extasy). Une fois le calme revenu, des journalistes se sont rendus sur place, n'obtenant aucune information de la part des commerçants qui craignaient des représailles.
Quant à la clientèle de notre restaurant, il lui a été imposé de sortir par la porte de derrière, la rue ayant été bloquée pendant deux heures.

Pour la petite histoire, dans les deux bars que nous avons fréquenté par la suite, la terrasse du premier a été la cible d'un très jeune pyromane mettant le feu aux tuilhas (les employés sont très vite intervenus); dans le deuxième, un début de fuite de gaz est survenu, entraînant la panique parmi la foule...
Conclusion futile: il n'est pas toujours très sûr de trainer dans les rues de Sanlitun...
Conclusion sceptique: ce genre d'opération peut avoir lieu partout, même en France. Quoiqu'en France, elles sont davantages ciblées et ne sont pas mis en scène publiquement de la sorte...
Conclusion critique: tandis que la flamme olympique continue laborieusement son tour du monde, la repression et le racisme en Chine, eux, sont bien réels.

A vous de choisir!

source témoignages www.aujourdhuilachine.com
Par Brieg Lemétayer - Publié dans : La Chine, les Chinois..
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